Le 16 mars marque la naissance de Josef Mengele, l'un des symboles les plus sinistres de la barbarie nazie. Évoquer cette date n'a rien d'une commémoration : c'est un rappel nécessaire, un exercice de mémoire pour comprendre comment un médecin, formé dans les meilleures universités allemandes, a pu devenir l'un des acteurs majeurs de la politique d'extermination menée par le IIIe Reich. À travers son parcours, c'est toute la logique meurtrière de la Shoah qui se dévoile : une idéologie raciste, une bureaucratie froide et surtout une industrialisation de la mort sans précédent.
Josef Mengele naît le 16 mars 1911 à Günzburg, en Allemagne, dans une famille aisée. Il étudie la médecine et l'anthropologie, disciplines qu’il associe très tôt aux théories raciales en vogue dans l'Allemagne des années 1930. En 1937, il rejoint le parti nazi et les SS. Cette adhésion n'est pas un accident : elle s'inscrit dans une trajectoire idéologique où la pseudo‑science raciale sert de justification à la hiérarchisation des êtres humains.
En 1940, il est mobilisé comme médecin militaire sur le front de l'Est. Blessé en 1942, il est réaffecté à l’arrière. C'est alors qu'il demande à être envoyé dans un camp de concentration pour poursuivre des recherches "raciales". En mai 1943, il est affecté à Auschwitz‑Birkenau, le plus grand centre d'extermination nazi.
Auschwitz n'est pas un camp unique, mais un complexe de plusieurs sites : Auschwitz I (camp principal), Auschwitz II‑Birkenau (centre d'extermination) et Auschwitz III‑Monowitz (camp de travail). À partir de 1942, Birkenau devient le cœur de la Solution finale, le plan nazi visant à exterminer les Juifs d’Europe.
Entre 1942 et 1945, environ 1,1 million de personnes y sont assassinées, dont près de 90% de Juifs. Les autres victimes incluent des Roms, des prisonniers politiques, des Soviétiques, des personnes handicapées et des opposants au régime.
À Auschwitz, Josef Mengele devient l'un des médecins responsables des sélections à l'arrivée des convois. Sur la rampe, il décide d’un geste de la main qui vivra et qui mourra : d'un côté, les personnes jugées aptes au travail forcé ; de l'autre, celles envoyées directement vers les chambres à gaz. Ces décisions, prises en quelques secondes, scellent le destin de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.
Mengele se distingue surtout par ses expérimentations pseudo‑scientifiques, menées principalement sur les jumeaux, les personnes atteintes de malformations, les femmes enceintes et les enfants roms. Sous couvert de recherche médicale, il pratique des examens intrusifs, des injections, des prélèvements et des tests sans fondement scientifique. Ces pratiques s’inscrivent dans la logique eugéniste du régime nazi, qui prétend améliorer la ''race aryenne" en étudiant et éliminant ce qu'il considère comme des ''anomalies".
Ces expériences n'ont jamais produit de résultats scientifiques valables. Leur seul objectif réel était idéologique : justifier la hiérarchie raciale et renforcer la propagande nazie.
Pour comprendre le rôle de Mengele, il faut replacer Auschwitz dans le cadre plus large de la Shoah. Dès 1933, les Nazis mettent en place une politique de persécution systématique des Juifs : exclusion professionnelle, lois raciales de Nuremberg (1935), ghettos, violences organisées comme la Nuit de Cristal (1938)... L'invasion de la Pologne en 1939 marque une escalade : les ghettos se multiplient et les exécutions de masse commencent.
En janvier 1942, la conférence de Wannsee organise la Solution finale. Les camps d'extermination (Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Majdanek et Auschwitz‑Birkenau) deviennent les instruments d'un génocide industriel. Les victimes sont déportées par trains entiers, assassinées par gazage, fusillade, famine, maladie ou travail forcé.
Mengele n'est qu'un rouage de cette machine, mais un rouage zélé, convaincu et bien actif. Son nom est devenu emblématique non seulement pour ses actes, mais aussi pour ce qu'ils révèlent : la participation de médecins, de scientifiques, d’intellectuels à un système de destruction totale !
Lorsque l'Armée rouge libère Auschwitz le 27 janvier 1945, Mengele a déjà fui. Il se cache en Allemagne sous une fausse identité, puis parvient à rejoindre l'Argentine en 1949 grâce à des réseaux d’exfiltration. Il vit ensuite au Paraguay et au Brésil, échappant à toutes les tentatives d’arrestation. Malgré les mandats internationaux, il ne sera jamais jugé.
Il meurt en 1979 au Brésil, noyé après un malaise. Son identité n'est confirmée qu'en 1985 grâce à des analyses médico‑légales. Cette impunité a longtemps été vécue comme une blessure par les survivants et les familles des victimes.
Évoquer Josef Mengele n'a rien d'un exercice macabre. C'est un acte de mémoire. Son parcours montre comment un individu, formé, cultivé et inséré dans une société moderne, peut participer à un système de destruction totale lorsque l'idéologie, la propagande et la déshumanisation deviennent la norme.
Le 16 mars, date de sa naissance, n'est donc pas un hommage : c'est un rappel. Un rappel que la Shoah n'est pas un accident de l'histoire, mais le résultat d’un processus politique, social et scientifique dévoyé. Un rappel que la haine, lorsqu'elle est institutionnalisée, peut transformer des médecins en bourreaux, des laboratoires en lieux de torture et des États en machines de mort.
Depuis 1947, le site d'Auschwitz est devenu un musée et un mémorial. Chaque année, des millions de visiteurs viennent y comprendre ce que fut la Shoah. Les témoignages des survivants, les archives et les objets conservés rappellent que derrière les chiffres se trouvent des vies, des familles et des destins brisés.