Je reviens sur cette loi qui vient de passer à l'Assemblée Nationale sur la présomption d'usage légitime de l'arme pour les policiers. Cette loi est une honte, ni plus ni moins.
Approuver cette loi, c'est nier les très graves dysfonctionnements au sein de l'institution policière en France. Moi aussi avant, je voulais croire à de simples "brebis galeuses", à une institution policière intègre dans son écrasante majorité. Mais les événements depuis plusieurs années, depuis le début du règne de Macron à fortiori, nous montre à l'inverse une dérive à minima autoritaire, au pire carrément fasciste de la police, et je vous assure que ce ça ne me réjouit pas d'employer des termes aussi forts.
Et évidemment, comme on n'emploie pas des termes pareils sans avoir un minimum de quoi étayer, voici quelques exemples :
- Comment voulez-vous croire en l'intégrité de la police française quand la quasi-intégralité de la police de Marseille se met abusivement en arrêt-maladie parce qu'un de leurs collègues est en détention pour avoir roué de coups gratuitement un jeune qui passait simplement au mauvais endroit au mauvais moment ? Pour rappel, ce jeune en question, Hedi, a fini dans le coma et a perdu de manière définitive toute une partie de sa boîte crânienne ainsi que la vue de son œil gauche tout ça parce qu'un groupe de 4 policiers l'a passé à tabac sans raison. Le fait que toute une institution ait préféré soutenir leurs collègues ripoux tout en connaissant leur culpabilité au préalable (et en abusant du système au passage...

), c'est pour moi le signe d'une police pourrie en sa chair et sûrement pas celui de quelques brebis galeuses. Car les brebis galeuses, elles sont quelques-unes et on les met à l'écart du troupeau, on n'est pas censé avoir les mêmes symptômes qu'elles et refuser leur mise au ban. Si la loi qui vient de passer à l'Assemblée avait été en vigueur à l'époque, il aurait été sans doute beaucoup plus difficile, voire impossible de faire condamner les policiers responsables du handicap permanent de Hedi.
- Comment peut-on croire en l'intégrité de la police française quand des policiers mentent éhontément sous serment pour se protéger entre eux et ainsi couvrir les violences dont ils sont coupables ? Le meilleur exemple à cela est je crois l'affaire Michel Zecler : pour rappel, Michel Zecler est un producteur de musique qui s'est fait rouer de coups dans son studio d'enregistrement par un groupe de policiers en 2020. Alors que les policiers avaient initialement dit dans leur déclaration initiale que Michel Zecler avait été agressif à leur encontre et avait fait preuve de rébellion, la caméra de surveillance du studio de Michel Zecler a totalement contredit leur version des faits : en effet, en regardant les images de vidéo-surveillance, on voit un déchaînement de violence extrême (6mn pendant lesquelles Michel Zecler se fait rouer de coups), ce que les policiers ont évidemment omis de dire dans leur déclaration initiale. Alors, intègre la police française ? À noter que sans la caméra de surveillance que Michel Zecler avait installé dans son studio (caméra dont les policiers ignoraient évidemment l'existence), il aurait à coup sûr croupi en prison car les policiers avaient menti sous serment. Donc oui, faire passer une loi à l'avantage d'une police plus préoccupée à se protéger elle-même que protéger les citoyens, c'est gravissime.
- Comment peut-on croire au bon fonctionnement de l'IGPN quand cette institution s'est à maintes reprises montrée parfaitement incompétente et partiale dans la tâche qui lui a été assignée, à savoir enquêter sur les dérives policières ? En guise d'exemple, pas besoin de remonter loin : il y a un peu plus d'un mois, Mediapart et Libération ont sorti, après un minutieux et salutaire travail journalistique, un article qui identifie la policier auteur d'un tir de grenade lacrymogène qui a failli tuer un manifestant de Sainte-Soline. Formidable, me direz-vous ? Oui, sauf que ce rôle est celui de l'IGPN, qui, malgré un accès total à tous les éléments de l'enquête, s'était montré incapable d'identifier le policier coupable ! Il a fallu la ténacité de plusieurs journalistes au départ totalement extérieurs à l'enquête pour démontrer que oui, identifier le policier était possible. Malheureusement, c'est très loin d'être la première fois que l'IGPN fait preuve d'une telle incompétence, et le fait qu'une loi aussi permissive pour les policiers soit passée à l'Assemblée en sachant que l'institution chargée de sanctionner leurs dérives est aussi défaillante est hélas sans le moindre doute la porte ouverte à de nombreuses et graves dérives, pas besoin d'être Nostradamus pour le prédire.
Et j'aurais pu continuer encore très longtemps à développer dans ce sens, les archives en ce sens abondent et augmentent chaque année un peu plus. Bref, être favorable à cette loi en connaissant tous les problèmes au sein de l'institution policière ainsi que leur degré de gravité, c'est au mieux de la naïveté, au pire accepter d'entraîner la France dans une pente glissant tout droit vers le fascisme.