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86 ans Fleury-les aubrais, 45400
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Avec ce sujet, je ne peux pas rester dans mon coin, j’en ai trop à dire.
Je suis né juste avant la guerre, j’ai subi les bombardements, les restrictions même si mes parents se privaient pour que je ne manque pas, l’évacuation, j’ai eu un an dans le train près de Jargeau quand des soldats français attendaient pour faire sauter un pont.
J’avais 3 ans quand mon père est parti au STO, Service du Travail Obligatoire en Allemagne, près de Hambourg, je ne l’ai revu que 3 ans plus tard.
Vers la fin de la guerre, j’allais avec mon grand-père sur la colline observer les avions alliés bombarder le Petit-Thérain, gare de triage occupée par les Allemands. À ce moment, j’étais inconscient.
Pour Noël, j’avais une orange et un petit jouet en bois fabriqué par mon grand-père, j’étais content. (Qu’avez-vous aujourd’hui ?).
J’allais à l’école primaire à pied et ensuite à vélo pour l’école professionnelle, maman ne m’emmenait en voiture d’ailleurs on n’en avait pas, canicule, grand froid, neige et verglas, épidémie de grippe ne nous empêchaient pas d’aller en classe.
Pendant les vacances scolaires, j’allais à la ferme ramasser les œufs dans les endroits où la fermière ne pouvait se rendre, faire les moissons et ramasser les patates. Ça faisait un peu de sous pour la tirelire parce qu’on ne dépensait pas inutilement, on savait économiser.
Le reste des vacances, on était dehors avec les copains et les copines soit sous les tilleuls, soit dans les sapins où nous avions la décence de laisser la partie herbeuse aux mamans qui venaient avec leurs bébés, on se fabriquait des arcs et des flèches avec nos couteaux de poche, à l’école le maître n’appelait pas la police parce que nous étions armés, il demandait où nous avions acheté ce couteau. En hiver, c’était une luge que l’on construisait pour 5 copains et on dévalait la côte. Nous n’avions rien, nous fabriquions ce qu’il nous manquait, nous étions heureux.
Mes parents ont fait construire leur maison quand j’ai eu 17 ans, quel bonheur de pouvoir prendre sa première douche et de poser culotte dans de vraies toilettes, avant c’était le seau hygiénique qu’il fallait vider le matin, la toilette se faisait à l’évier avec l’eau chaude de la bouilloire. Maintenant, vous prenez deux douches par jour moi une par semaine, je ne sens pas mauvais pour autant (le gant de toilette savonné au savon de Marseille fait très bien l’affaire), je vous laisse de l’eau pour les années qui viennent, ne dites pas que c’est de ma faute si vous en manquez un jour.
J’ai fait la guerre d’Algérie, putain d’armée et de militaires aussi obtus qu’un angle plat, (j’ai cette phrase d’Yves Gibeau, auteur de « Allons enfants : « l’armée a toujours été le refuge des esprits de troisième ordre »).
Quand j’ai commencé à travailler, la durée hebdomadaire était de 48 h, c’était 6 jours par semaine qu’il fallait y aller.
Nous avons fait une grossière erreur, celle d’améliorer le travail de l’ouvrier en créant des robots qui facilitaient certes mais qui prenaient le travail de pères de famille. (Le chômage se situait vers les 3% avant 1974 alors qu’aujourd’hui il est de 8%).
Quand je me suis marié, j’ai habité une petite maison dans la forêt où il fallait tirer l’eau au puits, si j’oubliais mon épouse ne pouvait pas le faire et le repas de midi était vite fait, aujourd’hui vous n’avez qu’à manœuvrer un petit levier ou tourner un robinet pour laisser couler, parfois indument, quelques litres d’eau, ou qu’à appuyer sur la chasse d’eau pour évacuer quelques gouttes d’urine plusieurs fois par jour soit la valeur d’une douche journalière.
Aujourd’hui, mes jambes m’interdisent la station debout prolongée, je suis donc contraint à la lecture et à l’ordinateur, je ne regrette pas.
Voila, moi, j’ai connu ça, vous les jeunes vous ne l’avez pas connu, vous ne pouvez pas savoir, si votre envie était de revivre cette période, ce serait pour les bonnes choses comme ceux qui auraient aimé vivre au Moyen-Âge ou sous Louis XIV, ils ne pensent pas au bas peuple qui subissait le joug des grands.
En résumé les enfants, vivez votre époque à « donf », avec l’âge, vous en viendrez à la regretter.
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